Une petite chose sans importance

L'homme qui savait la langue des serpents
Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne

Il est autiste. De cet autisme que l’on nomme Asperger : celui qui épate les gens ordinaires (et fiers de l’être) qui n’y voient souvent qu’une monstruosité admirablement surprenante pour des scenarii de film ou de série télé. Il s’appelle Sacha et suit sa mère au cœur du Congo, de la RDC, La République Démocratique du Congo, où celle-ci est médecin dans une organisation humanitaire. Sacha a quatorze ans. Il aime la précision et a compris depuis longtemps que les autres, enfants ou adultes, ne comprenaient rien, eux, à sa manière d’être.

Apprendre à vivre avec Asperger n’est pas le plus difficile. C’est avec les autres qu’il faut apprendre à vivre, et parfois les autres n’y tiennent pas vraiment.

Une chose qu’il connaît très bien, c’est la moquerie, celle que ni l’ignorance ni la peur ne suffise à expliquer. Il connaît bien aussi les décimales de pi, au delà des cinq cents premières. Pas de meilleurs remèdes contre l’angoisse quand le monde devient trop hostile ou inquiétant que de se les réciter, mais aussi d’inventer une histoire, un conte, Conte de Pi, dont chaque mot compte de nombre de lettre correspondant au décimale. Car un conte, pour d’autres que lui, c’est plus facile à mémoriser que des chiffres

La mission humanitaire s’occupe des petites choses sans importance, comme Innocent, comme Destinée. Une petite chose sans importance, un kadongo. C’est ainsi qu’en Swahili l’on désigne les enfants soldats du Kivu. Ils sont quelques-uns, quelques-unes, à avoir réchappé de ce que les mots ont bien du mal à dire, à raconter : une guerre sans nom qui les transformés à la fois en victime et en bourreau. Pour autant toute humanité n’est pas éteinte en eux et du fond de ce quelques spécialistes appelleraient sans doute résilience, ils reconnaissent Sacha comme un semblable un peu différent mais qui ne porte sur eux aucun jugement, qui est incapable de dissimuler ou de mentir, de tromper.

Destinée ne comprend pas toujours ce que raconte Sacha, mais elle a compris qu’avec lui elle pouvait parler et qu’au fond, ce qu’il avait de plus étrange pour les autres était sans doute son humanité sans compromis, car les compromis et les mensonges ne font pas partie de son monde. Encore moins les compromissions dans lesquels les autres humains sont pris. Destinée, pour fuir les groupes armés a dû laisser derrière elle son enfant, ce qu’elle ne peut accepter. Le projet qui lui donne une raison de vivre est de le récupérer, à tout prix. Au prix même de replonger dans son passé de guerrière intrépide et impitoyable. Mais elle a besoin d’aide, de quelqu’un en qui elle puisse avoir une entière confiance. Ce sera Sacha. Et voilà le jeune autiste asperger qui abandonne le refuge vital de sa petite tente et qui se met à suivre  la jeune guerrière embarquée dans une folle expédition au cœur d’un pays en guerre.

Le scénario de cette histoire pourrait sembler invraisemblable, mais pas plus que le réel, tout compte fait. L’efficacité de l’écriture de Catherine Fradier fait le reste. On connaissait Catherine Fradier avant tout pour les nombreux polars qu’elle déjà écrits et dont certains ont été primés 1Grand prix de littérature policière 2006 pour La Colère des enfants déchus, Prix S.N.C.F du polar français 2008 pour Camino 999, Prix Michel Lebrun 2010 pour Cristal défense (Au Diable Vauvert) et dont plusieurs ont été republiés en poche (Pocket). Le titre est installé dans une collection “jeunesse”, mais il fait parte de ces livres “jeunesse” qui débordent cette classification et peuvent toucher n’importe quel public.

A mettre entre toutes les mains de lecteurs. Et même entre les mains de non-lecteurs qui pourraient bien s’ouvrir à la lecture avec ce récit plein d’aventures et d’humanité, en prise avec l’actualité douloureuse du continent africain (qui n’est pas propre qu’à l’Afrique).

Catherine Fradier – Une petite chose sans importance – Chroniques lunaires d’un garçon bizarre – Au Diable Vauvert, 2016

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