R.U.R. – Rossum Universel Robots

Quand les vautours approchent
Pandore au Congo

capek_RURAu départ, il y avait les deux Rossums, le vieux – inventeur un peu fou pais génial – et le jeune, entrepreneur et industriel dans l’âme. La production de robots a démarré et a pris de l’importance, beaucoup d’importance…

-Vous croyez encore que c’est le patron qui dirige l’entreprise ? Non ! C’est l’offre et la demande qui commandent ! Tout le monde voulait avoir son robot. Et nous avons donné juste un coup de pouce à cette boule de neigeavec nos discours sur la technique et sur le progrès. Alors qu’elle roulait toute seule, et de plus en plus vite. Avec chaque sale commande elle devenait plus grande et plus difficile à arrêter. C’est ça, chers amis.

(…)

– Avouez que c’était un beau rêve, de libérer l’homme de l’esclavage. Du travail dégradant et dur, de la sale corvée qui tuait. Alquist, les gens travaillaient trop durement, ils vivaient mal. Et les libérer…

– … n’étaient sûrement pas le but des deux Rossums.Le vieux était obsédés par ses inventions monstrueuses et le jeune par ses millions. Et ce n’est pas le but non plus de vos actionnaires. Ils ne rêvent que de dividendes. L’humanité périra à cause de leur dividendes

Peut-être est-ce dû à quelques robots modifiés – ce n’est pas si sûr – la volonté de pouvoir, renforcée par un véritable logique des choix rationnels, fera le reste.

– Je ne travaillerai plus pour vous !

– Pourquoi nous haïssez-vous ?

– Vous n’êtes pas comme les robots. Vous êtes moins performants que les robots. Les robots font tout. Vous ne faites que donner des ordres. Vous ne faites que parler.

– Mais c’est absurde, Radius. Dites-moi, quelqu’un vous a fait du mal ? Je voudrais tant que vous me compreniez ! Vous ne faites que parler. (…) Je ne vaux pas de maître. Je sais tout.

– Personne ne vous donne d’ordres. Vous vivez comme nous.

– Je veux être moi-même le maître. (…) Je veux être le maître des hommes.

(…)

– Vous êtes incapables d’aimer quoi que ce soit ?

– Je sais tout faire.

Le pessimisme presque prophétique de l’auteur est aussi tempéré par un certains optimisme qui permettra peut-être que tout ne soit pas si irrémédiablement irrémédiable.

Un texte qui, malgré quelques traces de son âge et de son époque, est aussi d’une étonnante et inquiétante actualité qui font écho aux textes philosophiques plus récents d’un Gunther Anders, d’un Jacques Ellul… qui nous alarment sur les dérives de notre modernité.

Les amateurs de théâtre pourront aussi découvrir La maladie blanche, également publié par les éditions de la Différence.

Karel Čapek – R.U.R. – Rossum Universel Robots (1920) – traduit du tchèque par Jan Rubeš – Editions de la Différence, 2013 (2e éd.)

Sur le site de l’éditeur

[Image extraite de la série suédoise Real Humans (Äkta Människor), créée par Lars Lundström (2012) et diffusée sur Arte]

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