Quand les vautours approchent

Cinéma muet avec battements de cœur
R.U.R. - Rossum Universel Robots

miranda_quand-les-vautoursUn polar au porto qui en rajoute sur le personnage du privé, non sans ironie et second degré. Celui qui se présente lui-même comme “le grand Mário França” ne semble en effet pas douter une seconde de ses capacités hors-normes à sentir les coupables comme à se sortir des situations les plus scabreuses. Cela peut même être à un tel point que le lecteur peut se surprendre à lui souhaiter un bon revers, voire une bonne correction de ceux qu’il peut déranger. Pourtant, on pouvait s’en douter, il y a une bonne part de façade et d’esbroufe dans cette attitude. Le narrateur le reconnaît lui-même lorsqu’il évoque les séances d’hypnose qui lui font tant de bien.

Mário França, un des meilleurs détective du monde, vit à l’intérieur de ma tête. C’est une vérité difficile à regarder en face, à me représenter. (…) Je ne suis qu’un détective de troisième ordre qui délire, qui souffre de la folie des grandeurs. J’entre en grande dépression à chaque fois que j’y pense.

Le meilleur détective de Porto, et de bien au-delà, a aussi beaucoup d’imagination. Il a également le don d’être là où il ne faut pas. Ou plutôt d’être là où il faut lorsqu’on est un détective (l’un des plus grand, ne l’oublions pas !) : là où des choses se passent. Amené à enquêter sur la disparition de la peintre Paula Dagostine, il est à la fois convaincu de sa mort tout en espérant le contraire car il en est devenu amoureux, alors même qui ne l’a jamais vue, jamais rencontrée et n’a d’elle que l’odeur d’un parfum senti dans son appartement. Il admire aussi une de ses œuvres, récupérée au cours d’une enquête qui l’a mené au Brésil. En même temps, il croise une autre affaire sans pouvoir établir le lien qu’il “sent” entre les deux : l’assassinat par empoisonnement du président du “Conseil des sages” qui était sur le point de publier un rapport potentiellement gênant sur l’utilisation de l’Uranium appauvri dans les guerres de l’ex-Yougoslavie.

Cela démarre comme un classique “whodunit” où on se demande qui a tué et comment… Puis cela vire petit à petit à un quête un peu folle de la disparue où “le plus grand détective du monde”, très intuitif, semble parfois possédé et à la limite entre raison déductive et rêverie déjantée. Et les urubus, ces grands vautours sud-américains, ne cessent de tourner dans le ciel de ce récit, projetant leurs ombres obsédantes.

Si certains auteurs pratiquent l’ironie et l’humour par “understatement”, par le sous-entendu et l’allusion dissimulée, Miguel Miranda pratiquerait plutôt une forme “d’overstatement”, sans pour autant trop forcer le trait. Peut-être y a-t-il un mot pour dire cela en portugais… On peut ne pas aimer, mais il y a vraiment un ton et une voix originale… qui décoiffent !

Miguel MIRANDA – Quand les vautours approchent (Dois Urubus Pregados no Céu – 2002) – traduit du portugais par Vincent Gorse – Editions de l’Aube (2012 et 2013)

Sur le site de l’éditeur

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