Pierre et Nikolaus

Le lynx
Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin!

La musique, c’est peut-être un peu plus compliqué que la littérature. Plus compliqué parce qu’elle requiert des interprètes. Du moins pour le commun des mortels qui est incapables d’entendre les inflexions des instruments et des voix dans les pattes de mouche qui couvrent une partition. Lire, on sait à peu près. Lire une partition, cela semble exiger des compétences que nous sommes peu à avoir. Quand je dis partition, je ne parle pas de celle d’une chanson avec juste une mélodie et quelques accords, mais plutôt de celle qui superposent sur une même page toutes les parties d’un orchestre, avec les voix. A chacun sa tonalité et ses transpositions, ses indications de phrasé, ses harmonies et son contrepoint, ses dissonances et ses altérations… Sans compter ses éventuelles fautes de gravure et d’impression. Alors, lorsque l’on est simple mélomane, ni musicologue ni musicien, la dette que l’on peut contracter à l’égard des musiciens est immense. Impossible à combler. On ne peut que se soumettre à leurs talents, qu’on les aime ou pas, qu’on les admire ou que l’on se contente de les respecter.

Pour le mélomane que je suis, ce début d’année 2016 est de ceux où l’on se sent tout d’un coup vieillir, presque devenir vieux, quand on apprend coup sur coup la disparition de musiciens qui l’air de rien ont fait notre éducation musicale, et au delà notre éducation tout court. Il y a quelques semaines, c’était Pierre, il y a quelques heures (au moment où j’écris) c’est Nikolaus. Pierre Boulez. Nikolaus Harnoncourt. Le premier me fit simplement entendre le Sacre du printemps de Stravinsky, dans la sauvagerie de sa précision et de sa complexité, ayant soin de ne rien à ajouter à ce qui était écrit depuis 1913. A ne rien retrancher non plus. A tout donner à entendre. Depuis ce temps l’adolescent que j’étais alors a pu entendre et écouter bien d’autres interprétations du Sacre, y compris celle du compositeur lui-même, ou celle du créateur de l’œuvre, le français Pierre Monteux, ou encore le déchainement de forces lâchées par un Karel Ancerl avec sa philharmonie tchèque. Mais c’est avec Boulez plus qu’avec tout autre que j’ai découvert l’œuvre et ai un peu appris à la connaître, devenant alors, peut-être, un peu moins rustre, un peu plus civilisé. Le second a accompagné de façon décisive ma découverte de la musique baroque en un temps où le hiératisme intouchable habitait quasiment toutes les interprétations de Bach, ramenant cette musique des hautes sphères artificielles où on la logeait pour la faire vivre au plus près de nous, nous donnant à entendre ce qu’avait peut-être entendu les contemporains de Bach et des autres, ressuscitant les sonorités des instruments d’époque . Les baroqueux rejoignaient dans leur recherche bien des folkeux attaché à trouver ou retrouver à travers le répertoire et les façon de jouer une authenticité que nous avions déjà le sentiment d’avoir perdue (que pourrait-on dire aujourd’hui !).

 

En apparence aussi opposés que possible dans leur façon d’être et de diriger que dans leur répertoires de prédilection, ils savaient l’un et l’autre touché le jeune mélomane que j’étais (et espère encore être un peu), le poussant toujours plus avant sur les chemins de la curiosité.

L’ironie ou la force de la musique fait que sur la fin de leur carrière les deux chefs se sont quasi rencontrés au travers de leur répertoire. Remontant le temps, Pierre Boulez en était en effet arrivé à diriger les symphonies de Mahler, ce que l’on n’aurait sans doute pas imaginé au début de sa carrière. De l’autre côté, le baroqueux Nikolaus Harnoncourt en était venu à visiter les œuvres de Brahms ou Bruckner et à leur apporter son oreille neuve. Or Brahms, Bruckner et Mahler, même s’il n’appartenaient pas à la même génération,ont bel et bien été contemporains. Comme quoi, en musique, bien des choses sont possibles !

 

 

J’aurais aimé commencer à parler/écrire musique sur ce blog d’une autre façon… Mais ce n’est qu’un début ! 1une rubrique qui pourrait s’appeler Pierre et Nikolaus, par exemple

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