Passage

Elena et le roi détrôné
Il y a un fleuve

Prague, début des années 1970, ou dans un temps plus indéterminé. Le professeur Tvrz (dont le nom signifie forteresse ou bastion) en vient à s’aventurer dans un passage dont il va se retrouver captif, plus ou moins par hasard, plus ou moins volontairement. Diverses rencontres l’ont amené à choisir d’y passer une première nuit, grâce à la bienveillance étrange d’un portier chef qui lui confie une clé passe-partout au moment de la fermeture du passage, en échange de ses documents d’identité. Après une journée toute en surprises et en contretemps, la nuit passée dans la caisse d’un cinéma désaffectée amorcera un séjour de durée indéterminée. Le portier chef, maître du Passage aux heures de la nuit et auprès duquel il tente de récupérer ses papiers est en effet introuvable. Existe-t-il seulement ? On ne sait pas trop.

passageSon indispensable agenda, farci de rendez-vous aussi importants qu’inutiles, Tvrz l’égarera vite comme il s’égare lui même dans le labyrinthe du passage où les rencontres inattendues, séduisantes et toujours insaisissables, se multiplient. Après M. Uxa et ses propositions d’échange de logement, c’est Lojza Stodola qui l’embauche quelques heures comme garçon de bain aux bains publics du passage. A la poursuite de l’insaisissable portier, Tvrz sera amené à se faire conaître de Kryštof, le maître de la chaufferie qui le recueillera dans les sous-sols du passage.

De rencontre en rencontre, Tvrz renonce à son monde habituel tout en découvrant une nouvelle liberté, un peu inquiétante, dans les labyrinthes du Passage. Il en vient même à renoncer à son engagement au parti des Purs dont il est un des penseurs. Au risque de se perdre en s’aventurant inconsidérément dans les secrets du Passage, malgré les recommandations à la prudence, Tvrz finit pas s’installer et, passager plus ou moins clandestin du Passage, fait lui aussi vivre celui-ci. Jusqu’au jour où la vie qu’il avait laissée derrière lui reviendra le trouver…

Difficile de ne pas penser à l’univers de Kafka dans ce récit, d’autant que nous sommes dans sa ville, même si elle n’est jamais nommée (mais le Passage du roman ressemble bien au Passage La Lucerna de cette ville). Récit ou conte un étrange, les errances et aventure de Tvrz, si sûr de lui et de sa vie au début, nous parle aussi de nos vies, humaines trop humaines. A s’arracher au labyrinthe de ses propres contraintes et contradictions, on peut y gagner. Ou y perdre.

Publiée sous le manteau et longtemps interdit dans son pays, Passage de Karel Pecka (1928-1977) nous arrive aujourd’hui grâce aux éditions Cambourakis. Merci à eux de cette découverte.

Karel Pecka – Passage – traduit du tchèque par Barbora Faure (Pasáž, 1974) – Editions Cambourakis

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Elena et le roi détrôné
Il y a un fleuve

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