Pandore au Congo

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La tristesse du samouraï

sanchez-pinol_Pandore-au-CongoPandore au Congo commence avec l’écriture d’un livre, un livre fabriqué à la va vite qui s’intitule Pandore au Congo. Cela ressemble à une farce sur une industrie qui fabrique à la chaîne des livres qui doivent se vendre pour être aussitôt remplacés par d’autres. Il y est bien question d’écriture, qui doit être efficace et rentable, pas vraiment de littérature. Un nom qui fait vendre, une cascade de nègres et tout va pour le mieux. Puis voilà qu’un autre livre va s’écrire, pour récolter le récit d’un prisonnier accusé du meurtre de deux jeunes lords anglais, lors d’une folle expédition au Congo.

Ce qui surprend et déçoit presque, c’est que le livre qui s’écrit semble appliquer avec application la recette de la Peau froide, en inversant simplement certains éléments. On y retrouve un lieu coupé du monde, par la forêt vierge au lieu de l’océan, des créatures vaguement humaines, mais à la peau chaude et surgies des profondeurs de la terre, des civilisé qui se comportent en barbares, une créature femelle qui vit avec ces humains étrangers à son monde, une situation de guerre… Tout cela situé au moment de la Grande guerre…

Ironie d’un auteur qui dévoile la cuisine de l’écriture à best-seller ? Dispositif de miroirs trompeurs et emboîtement de récits enchassés (on peut penser au Manuscrit trouvé à Saragosse ou à Jacques le fataliste) qui se jouent du lecteur en l’égarant dans un jeu de pistes sans fin ? Le récit est d’ailleurs fait par l’écrivain qui parle du livre qu’il a écrit 60 ans plus tôt, qu’il réécrit enfin pour prendre l’occasion de dire ce qui n’avait pu se dire, du fait des stratégies éditoriales. De quel livre finit-on par parler ? Quel livre lit-on au juste ?

De nouveau, rien n’est vraiment conforme à ce qui semble être, à ce que l’auteur où les personnages disent ou vivent. A ce qu’ils croient vivre, dire ou écrire. L’invraisemblable devient réel, l’imaginaire plus cohérent et réaliste, plus puissant que le rationnel et le raisonnable. La fiction ne serait-elle que fiction ? Pas si sûr…

Dans certaines traditions africaines, que l’anthropologue Albert Sánchez Piñol n’est pas sans connaître, ayant lui-même séjourné au Congo, ne dit-on pas des contes qu’il sont des mensonges qui disent la vérité ? Ils n’en sont pas moins des mensonges. La vérité n’en est pas moins cachée.

Deux livres touffus, foisonnants dans lesquels on se fait embarquer et dans lesquels on peut parfois se perdre, pour notre plus grand bonheur de lecteur.

Merci à l’auteur, à sa traductrice, Marianne Millon, et à leurs éditeurs.

Albert Sánchez-Piñol – Pandore au Congo – traduit du catalan par Marianne Millon (Pandora al Congo, 2005) – Actes Sud, 2007 et 2010 (Babel)

 
 
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