Ordures

Les cahiers de Justo García
Tant de larmes ont coulé depuis

orduresÇa démarre aussi sec qu’un whisky sec sans glaçon, sauf que c’est avec des bières à la pression. Tout de suite on sent l’embrouille qui arrive. Et elle arrive ! Le bar de Shaney n’a pourtant rien d’extraordinaire, mais il est dans un quartier de la ville où une nouvelle société de ramassage des ordures a décidé de s’imposer avec des tarifs bien plus élevés que la concurrence. Du coup, il leur faut bien se montrer un peu persuasifs avec leurs clients, surtout avec un client tel que Shaney, qui ne veut rien entendre alors que tout le monde, les clients du bar, les collègues qui tiennent d’autres bars, l’administration, la concurrence en matière d’ordures et la police lui conseille plutôt de faire profil bas et d’arrêter de faire des histoires inutiles. Et d’abord qu’est-ce qui prouve quoi que ce soit ?

Un incendie est si vite arrivé ! On peut faire de si mauvaises chutes dans une cellule ! Les ordures s’accumulent si facilement ! Une condamnation, et une amende tombent si logiquement ! C’est si facile de ne rien comprendre ! On passe si vite pour un fou !

Le problème pour Shaney, c’est que tout le monde sait. Plus ou moins. Mais ce qui craint plus, c’est que personne ne veut rien savoir. Un truc à devenir pas qu’un peu parano… Et page après page, les catastrophes continuent de tomber dru sur le patron barman qui refuse de faire profil bas.

Dans cette ville américaine, il y une première chose effrayante, c’est le degré de corruption qui semble y être ordinaire. L’autre chose encore pire, c’est cette passion pour les procédures policières et judiciaires qui font que chacun s’occupe d’abord de soi, ensuite de soi et finalement de soi, et de rien d’autre. Ou alors dans la plus grande discrétion et en en faisant le moins possible.

Un roman publié à la fin de l’ère Reagan et qui nous laisse imaginer que les choses ne se sont pas forcément arrangées là-bas depuis. Donne pas envie de s’y installer !

Une écriture sans fioriture, droite et directe, qui vous embarque sans vous laissez le temps de reprendre votre souffle dans un sprint fou jusqu’au double feu d’artifice final. On n’a pas le temps de voir passer le temps que l’on est déjà au bout du livre, avec un sourire qui attend la suite…

Stephen DIXON – Ordures (Garbage – 1988) – traduit de l’américain par Nicolas Richard – Editions Cambourakis, 2013

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