Le temps, le temps

Il y a un fleuve
Le mauvais sort

suter_le-temps-le-tempsIl y a un an Peter Taler a pris un peu trop de temps pour aller ouvrir la porte à Laura. Juste un peu trop. Juste assez pour la retrouver abattue d’une balle en plein cœur à la porte de l’immeuble. Depuis, le temps lui semble vide, insignifiant, arrêté. Depuis un an, les rituels et le refus de tout changement (le bureau atelier de Laura, graphiste, est resté exactement dans le même état) se sont imposé. L’enquête de la police n’a rien donné.

De l’autre côté de la rue, il y a Knupp. Un vieil homme qui a aussi perdu sa compagne, il y a a bien plus longtemps. Knupp refuse aussi la perte et le temps qui passe. Il considère d’ailleurs que le temps n’existe pas. Ce qui existe ce sont les modifications. Il suffirait d’annuler les modifications pour annuler le temps. Le grand projet de Knupp est d’annuler toute les modification de son environnement et de tout remettre en l’état, tel que cela était du vivant de sa femme, 20 années plus tôt. Tout : les arbres et les plantes, les salissures des murs, les voitures garées ce jour-là dans la rue… Tout d’abord sceptique, Taler se laisse embarquer dans ce projet fou qui petit à petit devient de plus en plus pointilleux, ambitieux et presque moins fou. Il faut dire que Knupp qui a fait des milliers et de milliers de photos de la rue au fil des ans a peut-être des images qui permettrait de résoudre l’énigme de la mort de Laura… Jusqu’au jour où tout, absolument tout dans la rue est exactement comme 20 ans plus tôt, au brin d’herbe près…

L’éditeur fait référence à Hitchcock en présentant “le temps, le temps”. C’est vrai qu’il y a quelque chose de Fenêtre sur cour au début du récit où chaque petit détail devient un indice. La précision obsessionnelle de la mécanique à remonter ou nier le temps peut aussi rappeler le scénario labyrinthique de Vertigo. La chute du roman sera toute aussi surprenante et déroutante, pour les personnages comme pour le lecteur.

Une écriture précise qui nous embarque dans un projet fou et fascinant, qui nous fait à nous aussi, lecteur, oublier le temps. Le récit ne semblerait pas donner lieu à suspense, on ne bondit pas d’une péripétie à une autre, mais on est malgré soi entraîné jusqu’au dénouement inattendu sans voir passer le temps. Ni roman noir, ni “whodunit”, ni littérature fantastique, ni roman d’une folie… et tout cela à la fois.

Le temps que j’ai pu prendre à lire “le temps, le temps” a tellement filé qu’il n’a pas été perdu. Mais ce temps là existe-t-il vraiment ?…

Martin SUTER – Le temps, le temps – Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni – Christian Bourgois éditeur, mai 2013

Voir sur le site de l’éditeur

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Le mauvais sort

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