Le sang des rêves

Tue-chien
A Black Pow-Wow of Jazz Poems

kirikkanat_le-sang-des-revesSans qu’il s’agisse à proprement parler d’une suite, nous retrouvons dans Le sang des rêves les personnages que nous avions rencontrés dans La malédiction de Constantin, mais dans un autre temps et sur d’autres territoires. L’histoire et la géo-politique sont toujours au cœur de ce roman qui joue avec les codes des genres littéraires, s’en amusant autant que leur rendant une forme d’hommage. Nous sommes cette fois plongés dans un monde qui, en plus de l’anticipation politique, est celui de l’espionnage et, dans une certaine mesure, de la science-fiction. L’hommage à l’un des maîtres du genre est triple, à travers le personnage de Daryal, alias Nejla, déclinaison turque d’un certain Bond, James Bond, au travers du maître de l’opération en cours, un certain Flemming, comme le créateur de l’agent 007, et au travers des situations rocambolesque que traversent les personnages de ce roman. Mine G. Kirikkanat nous entraîne sans coup férir dans les joutes complexes et improbables entre agents jonglant avec la ruse et les dissimulations, le secret et la séduction, mais aussi capables d’erreur et de naïvetés.

Au delà de la fantaisie propre au genre, le décor renvoie lui à des enjeux politiques régionaux et internationaux qui sont bien réels et pas vraiment amusants ou distrayants. Le récit nous transpose quelques années après le grand tremblement de terre qui a mis la Turquie à bas (un tremblement de terre qu’imaginait La malédiction de Constantin et que les spécialistes annoncent comme certain à l’échelle de quelques années ou décennies), en faisant le théâtre de jeux politiques et diplomatiques définitivement contrôlés par d’autres. Itambul étant devenue “Nova Roma”, la nouvelle Rome, après avoir aussi été Constantinople, la ville de l’empereur Constantin. Pour autant, ils sont quelques-uns a ne pas vouloir oublier l’histoire et à vouloir rendre à leur monde une vraie place dans l’univers globalisé et dominé de la géo-politique. Il s’agit aujourd’hui de retrouver un héritier du grand Constantin, le premier des empereurs chrétiens. C’est par une sorte de télépathie des rêves, maîtrisée par une haute technologie – qui exploite des propriétés du sang et de l’ADN – et par les capacités de “medium” de Daryal que celui-ci, ou celle-ci, doit être retrouvée. La question devient enjeu international souterrain, rivalité de légitimité entre pouvoirs russe, américain et européen.

Sur le terrain, l’île de Chypre, d’autres agents opèrent et toutes les personnes que rencontre Daryal peuvent être des ennemis autant que des alliés. A-t-il alors raison de se fier de la belle archéologue au service de l’Unesco au nom étrange de Destina (qui donne son titre à la version originale du roman) ?

Dans un univers peut-être improbable du côté de la science et de la technique, la journaliste qu’est Mine G. Kirikkanat envisage une situation beaucoup plus réaliste et plausible en terme de géo-politique. Journaliste et correspondante internationale, l’auteur sait de quoi elle parle et est aujourd’hui sous protection, certains propos qu’elle a pu tenir ayant déplu au point qu’elle fait aujourd’hui l’objet de menaces. Elle n’en a cure et contibue de dire et écrire ce qu’elle a à dire et à écrire.

Pour découvrir cette personnalité, visionner donc l’entretien qu’elle a accordé lors du dernier festival de Collioure.

Mine G. Kirikkanat – Le sang des rêves – traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy (Destina, 2008) – Métailié, 2010

l’édition italienne chez Gremese Editore (2011)
l’édition US chez Universe Publishing Company, 2012

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