Le ravin

La pièce du fond
L'autobus

Depuis que la guerre a éclaté, les enfants n’existent plus sous la lune, et je ne serais jamais plus une petite fille.

C’est à travers les yeux d’une petite fille qui ne peut plus exister comme enfant que l’on découvre la guerre d’Espagne, vue depuis les Canaries. Pour avoir trop sympathisé avec les idées républicaines, le père a été arrêté, puis relâché, puis arrêté à nouveau. La narratrice est une petite fille d’une dizaine d’année, mais en même temps, elle ne peut plus être une petite fille. Elle nous parle, et se parle à elle-même, comme une blessure entre enfance et âge adulte, dans une langue et avec des images entre-deux, entre naïve innocence et implacable lucidité poétique.

Pas de combat, pas de coup de feu dans ce récit de guerre, mais une rumeur sourde et des silences soumis mais plein de colère, d’incompréhension. La guerre à la marge de la guerre, dans les choses quotidiennes, banales et ordinaires. Un monde où tout ce qui était s’efface et devient gris, où les voix complices se font si rares qu’elles se perdent.

Il y a dans le style de Nivaria Tejera, l’écho d’une langue qui cherche à dire ce qu’on ne peut dire, qu’on ne sait dire. Tout ce qu’on oublie ou voudrait oublier et qui fait le quotidien de cette guerre sans nom, de toutes les guerres, toutes innommables. La narratrice nous emmène, sans jamais nous le montrer où nous forcer à le contempler, au bord du ravin, ce ravin qui faisait office de fosse commune pour tous ceux que le pouvoir avait décidé d’éliminer. Au bord du ravin, les choses peuvent se révéler dans leur crudité comme dans leur absurdité, elles peuvent aussi y perdre toute signification, jusqu’à s’effacer. Jusqu’à nous conduire à l’effacement.

Une voix qui paraît parfois étrange, qui peut dérouter ou déranger, mais qui finit par hypnotiser le lecteur et le conduire tout au bord du ravin.

Nivaria TEJERA – Le Ravin (El Barranco) – Traduit de l’espagnol par Claude Couffon – Editions La Contre Allée

Sur le site de l’éditeur

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