La magie dans les villes

Je m'appelle Europe
Je viens de m'échapper du ciel

Voilà un livre aussi magique que son titre. Un livre qui fait du bien et que l’on ne sait pas trop dans quel catégorie classer. Ce n’est pas grave car de toute façon car voilà déjà quelques temps qu’il ne quitte pas ma table de nuit. Ce n’est pas un récit ou roman, même s’il y a un narrateur et des personnages. Ce ne sont pas des nouvelles non plus. Des contes ou des fables ?… Un peu. Mais pas vraiment car il y a bien des continuité d’en texte à l’autre. Ce ne sont pas non plus des poèmes, même si pour certains la tonalité est celle de la poésie ou du merveilleux. Ne cherchons plus. Laissons le souci des catégories et du catalogue au catalogueur et classificateur. Savourons plutôt. Simplement.

Le narrateur nous raconte un homme, ses manies, ses rêves, son quotidien, sa fantaisie. Autour de lui une ville, une femme, une fille, un fils… Mais pas que. Il y a aussi une fée fatiguée. Très fatiguée. Elle est bien gentille, mais si âgée et fatiguée qu’elle n’est plus d’aucune efficacité. Bien sûr, elle a été jeune, mais c’était il y a longtemps. Et puis avec l’âge, elle a gardé des convictions et ne tient pas à faire n’importe quoi. Comme lui est passablement maladroit, toujours un peu à côté d’où on pourrait l’attendre, les choses vont souvent un peu de travers. Parfois insensiblement. Toujours irrésistiblement…. Ce qui n’empêche pas une certaine philosophie, un mot qui rime avec ironie comme avec bonhomie.

Parfois il aimerait bien être un arbre car les arbres l’impressionnent beaucoup. Ils ont besoin de si peu de place pour vivre de si longues histoires. Alors il fait l’arbre. Mais ce n’est pas facile. Peut-être son père mort, qui lui donne des conseils du haut de son échelle, aurait-il su lui ? Mais ce n’est pas sûr. Pour lui donner des conseils, il est là le père, car les morts ne vont quand même pas rester à ne rien faire ! Ce n’est d’ailleurs pas le seul mort qui vit avec lui ou en lui, ses amis “disparus” sont eux aussi là. Heureusement. Parce que s’il n’y avait que les mots, les phrases toutes faites, la vie serait pleine d’illusions. Il faut aussi savoir voir au delà des mots parfois et, par exemple, Il voit bien que les voyages ne forment pas la jeunesse. Ils forment la vieillesse.

On peut dire beaucoup de chose. On peut même à peu près tout dire. Mais toutes les choses ne se réalisent pas. Pas toutes. Certaines si. Pas forcément celles que l’on croît. Il voudrait bien pouvoir jouer avec leur troisième enfant, mais madame ne veut toujours pas le lâcher après 17 mois de grossesse et il devient un père abstrait, sans enfant. Autant devenir invisible… La magie des villes est telle…

Il faut dire que le réel se cache ou se niche dans de drôle d’endroits. A la fois improbables et banals. Le fils l’a bien compris qui se met à méticuleusement démonter la télévision… peut-être la fin des histoires qu’elle raconte sont-elles déjà là…

Si vous ne craignez pas l’absurde, le magique, il se pourrait bien que vous deveniez “addict” à ces 100 pages de magie urbaine qui ne savent plus où est la ville ni ce qu’elle est au juste. A lire comme un portrait qui touche après touche devient de plus en plus nettement flou. On peut aussi, c’est ce que je fais, y revenir sans cesse en picorant au hasard et dans le plus grand désordre. Dans l’un et l’autre cas, la magie opère et nos émerveillement naïfs de lecteurs deviennent une philosophie ironique qui nous permet de vivre mieux, la tête un peu plus proche des nuages.

Merci M. Fiolof. Nous en redemandons.

Frédéric Fiolof – La magie dans les villes – Quidam, 2016

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