Indian Blues

L'autobus
Mais qui a tué Harry ?

alexie_indian-bluesLa guitare du mythique bluesman Robert Jonhson est à l’origine et au cœur de ce foisonnant récit. On raconte de drôle de choses sur Robert Johnson. Il aurait été si nul au début de sa carrière qu’on lui aurait conseillé de plutôt se mettre à l’harmonica. Et puis… il est devenu l’un des guitaristes et bluesmen majeurs de son époque ainsi qu’une légende pour ceux qui lui succéderont, malgré une carrière éclair qui finira alors qu’il n’a que 27 ans, ne laissant derrière lui qu’une vingtaine de morceaux enregistrés. Pacte avec le diable, mort mystérieuse et suspecte… Une légende. Une légende comme les aime Sherman Alexie, l’auteur ‘native american’, moitié Spokane, moitié Coeur d’Alène.

Des années après sa mort, Robert Johnson revient, espérant se débarrasser du “Gentleman” en abandonnant un nouvelle fois sa guitare et en se réfugiant chez Big Mama, sur la réserve indienne des Spokanes. Big Mama a vécu toute l’histoire indienne et toute l’histoire de la musique. Les plus grands comme les plus obscurs ont mûri leurs talents musicaux à ses côtés (Janis Joplin, Jimi Hendrix, Marvin Gaye ou Benny Goodman par exemple).

Cette fois, c’est un indien qui est aussi conteur qui trouve la guitare maudite, impossible à détruire. Celle-ci passe de Thomas Builds-the-Fire à Victor Joseph, tout aussi marginal que Thomas (mais sur la réserve, la marginalité n’a pas tout à fait le même sens que dans le monde des blancs). C’est sans doute la guitare elle même qui s’attache alors à Victor et embarquent les trois indiens dans la création d’un groupe, les Coyote Springs. Trois car Victor est toujours accompagné de Junior Poliatkin. Un groupe pas très doué mais qui apprend vite, malgré l’hostilité du conseil tribal et de bien d’autres indiens de la réserve. Chess et Checkers, qui viennent d’une autre réserve pourraient bien être les chanteuses du groupe. Le rêve de musique les entraînera à sortir de la réserve, ce qui n’est pas sans risque quand on y a passé toute sa vie.

Seattle, si proche et si lointaine !

New York, si étrangère !

Une sacrée épopée pour ce groupe d’indiens, auquel deux blanches new-age un peu opportunistes se joindront un moment. Une épopée dans laquelle Big Mama les accompagnera, avec tous les chevaux morts au cours des guerres indiennes. La musique est comme la vie : elle est pleine de mémoire mais ne revient jamais en arrière, toujours tendue vers un certain inconnu.

Avec Sherman Alexie, même les morts continuent d’aller de l’avant… Et Robert Jonhson, mort depuis bien des années, finira par se mettre à l’harmonica, encouragée par la tutélaire Big Mama.

Une voix qui ne ressemble qu’à elle-même et où humour, dérision, violence, désespoir, colère, absurdité, douleur, espoir… brouillent sans cesse leurs cartes entraînant irrésistiblement le lecteur, pour le bonheur de ceux que la cohérence de l’irrationnel et le réalisme de l’imaginaire ne déroutent pas.

Un livre hélas épuisé qui mériterait d’être réédité (peut-être à l’occasion de la traduction du dernier livre de Sherman Alexie publié outre atlantique, Blasphemy). On peut le trouver d’occasion.

Sherman ALEXIE – Indian Blues – traduit de l’anglais par Michel Lederer (Reservation Blues, 1995) – Editions Albin Michel et 10-18 (épuisé chez ces deux éditeurs)

Les autres titres de Sherman Alexie (en principe encore disponibles chez Albin Michel ou en 10-18) :

– Flight

– La vie aux trousses

– Dix petits indiens

– Danses de guerre

– Red Blues

– Indian Killer

Le blog de l’auteur (en anglais)

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