Demain, une oasis

A tous les airs (ritournelle)
Lettres d'Angleterre

Plongée dans le futur, un futur relativement proche, dans l’est de l’Afrique.

Le réchauffement climatique et l’inertie politique on fait leur oeuvre et il n’y a plus “là-bas” qu’un espace abandonné où tente de survivre quelques populations auxquelles personnes, dans le monde “développé”, riche, ne se préoccupe. En cette époque les grands projets sont devenu spatiaux. L’espace est en effet devenu lieu de vie, multipliant les stations orbitales gigantesque qui sont devenues des extensions des nations riches. L’on parle même de transformer les planètes Mars et Vénus pour les rendre habitables par des communautés humaines. Ces grands projets reposent sur une collaboration internationale qui a développé ses propres institutions, sur l’héritage des Nations unies avec des organisations et une administration mondialisée qui ont tiré un trait sur ceux qui ne pouvaient pas suivre, soit une très large partie du continent africain. Cependant, quelques-uns bataillent encore pour faire de l’humanitaire dans ces régions abandonnées de tous, pour sauver quelques vies dans cette partie du monde que le changement climatique a rendu encore plus invivable. Les périodes de famines y sont de plus en plus longues et le nombre de victimes n’affole plus aucun compteur car il y a longtemps que personne ne les compte plus. Alors, peu importe les méthodes pour peu que quelques vies “inutiles”, pas “rentables”, soient sauvées. Le fil de ce récit sera l’histoire d’un médecin statisticien devenu fonctionnaire international à Genève,  qui, enlevé, sera plongé dans cet univers pour lequel il va apprendre à lutter et combattre, avec des moyens qui ne sont pas ceux des armes.

Ce qui est inquiétant dans cette anticipation que nous propose Ayerdhal, c’est que nombre de ces éléments ne sont pas de la pure science-fiction ou de la pure politique-fiction, de la fantasy stellaire à la George Lucas, elle est bien plus enracinée dans notre présent qu’on ne le voudrait, proposant une dystopie, comme disent les spécialistes, où la logique du possible est bien plus efficace et inquiétante que les métaphores de l’imaginaire.

Des personnages forts, une écriture sobre et directe, des situations qui restent réalistes dans un univers encore inimaginable (mais déjà rêvé, ou cauchemardé, par certains), font de Demain, une oasis (publié pour la première fois en 1992 chez Fleuve Noir) un récit diablement efficace qui, bien que visant par sa collection un public “jeunes adultes”, devrait toucher et continuer de séduire un public bien plus large. Un récit qui pousse chacun à être un plus attentif aux politiques qui brassent internationalisme, finances, agriculture et climat, développement et croissance, démographie et humanitaire selon des stratégies aussi opaques qu’aveugles.

Une lecture recommandée à toutes et à tous, toutes générations confondues, si l’on veut un peu mieux comprendre le monde en essayant de deviner ce qu’il pourrait devenir. Ce qu’il va devenir. Pour que peut-être il ne le devienne pas. Un bel exemple, accessible autant que nécessaire, et peut-être salutaire, de ce que le philosophe Jean-Pierre Dupuy appellera 10 ans plus tard le “catastrophisme éclairé”1Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé – Quand l’impossible est certain, Seuil, 2002..

Ayerdhal – Demain une oasis – Au Diable Vauvert, 1992, 2015

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