Buenos Aires noir

Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne
Victoria n'existe pas

Nouvelle escale des guides noirs des éditions Asphaltes, après Londres, Barcelone, Haiti, La Havane, Marseille… c’est à Buenos Aires que nous sommes invités à faire étape pour en découvrir les coulisses accompagnés de quelques plumes portègnes parmi des plus expertes et incisives. La vie n’est ni rose ni bleue sur les rives du Río de la Plata, mais cela ne nous surprendra pas vraiment avec ces étranges “guides touristiques” que publie régulièrement Asphalte. Pas encore assez étrange semble-t-il puisque nous avons découvert une librairie qui classe vraiment cette série d’anthologie(s) au rayon des guides touristiques. Pas sûr que cela convainque les candidats au voyage de se rendre à Buenos Aires, du coup, même si Ernesto Mallo nous annonce dès les premiers mots de sa présentation que la capitale argentine est “un endroit tellement invraisemblable”.

Vous y découvrirez des spécialités locales et d’autres plus partagées, plus “universelles”, comme par exemple les revendications de paternité littéraire dont on ne sait si elles sont pathologiques ou crapuleuses (Claudia Piñeiro, La mort et le canoë) ou comme la violence primale et cruelle du milieu (Alejandro Parisi, La vengeance du lombric). Il y a aussi des meurtres qui n’en sont pas vraiment, relevant plutôt de la négligence criminelle tranquillement, bourgeoisement  et méthodiquement assumée (Verónica Abdala, Orange, c’est joli comme couleur) ou du geste artistique passionné (Ernesto Mallo, Amour éternel).

Pour découvrir ces différents visage de la capitale, pour faire escale dans ses différents quartiers vous retrouverez peut-être quelques guides familiers tel Claudia Piñeiro (Les veuves du jeudi, Elena et le roi détrôné, A toi, Bettibou…), Elsa Osorio (La capitana, Luz ou Le temps sauvage…) ou Pablo de Santis (La traduction, Le cercle des douze…) pour les plus connus. D’autres sont aussi déjà traduits en partie en français comme Leandro Ávalos Blacha ou Ernesto Mallo, maître d’œuvre de cette anthologie et par ailleurs fondateur du plus prestigieux rendez-vous noir du continent avec le festival Buenos Aires Negra (BAN). Comme pour les autres volumes de la série, il y a surtout des auteurs que nous n’avons jamais eu l’occasion de lire, sauf à lire l’espagnol et avoir l’occasion de fréquenter les librairies portègnes. Ainsi d’Alejandro Parisi, de María Inés Krimer, d’Ariel Magnus ou de Gabriela Cabezón Cámara… Parmi ces derniers, certains en sont encore à leur premier pas d’écrivains, mais la plupart ont déjà derrière eux une véritable œuvre qui a pu les amener dans de prestigieux lieux du noir en Europe (à la Semana Negra de Gijón notamment).

Quatorze auteurs et quatorze nouvelles organisée en trois sections, Amour, Infidélités et Crimes imparfaits. Autant de climats, de tonalités, de styles différents. Selon les quartiers que vous fréquenterez, il y aura de la respectabilité bourgeoise qui se doit de ne rien laisser paraître, de la violence radicale pire qu’au cinéma (Quentin Tarantino n’a qu’à bien se tenir), mais aussi de l’ironie et de l’absurde où l’autodérision semble autant art de vivre qu’art de conter et d’écrire. La dernière nouvelle du recueil, Le sens du devoir d’Ariel Magnus, est à cet égard un petit bijou (digne d’une comédie des frère Coen).

Une visite des plus contrastée qui constitue plus qu’un guide touristique (je connais une librairie qui classe, pour de vrai, les villes noires d’Asphalte dans son rayon guides touristiques !) : une anthropologie littéraire et urbaine irremplaçable !

 

Buenos Aires noir – anthologie présentée par Ernesto Mallo – traductions de l’espagnol par Olivier Hamilton et Hélène Serano – Asphalte, 2016

Print Friendly
Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne
Victoria n'existe pas

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *