Berlin on/off

Hacerse el muerto

Berlin. Ach ! Berlin ! Pas besoin de “sein ein Berliner” pour que cette ville-là occupe une sacrée place dans nos repères culturels européens. Dans nos mythologies européennes, même. Une sacrée place, voir, pour certains, une place sacrée. Berlin. La VILLE. La capitale coupée en deux, fracturée, recollée… Mais sans doute pas libérée pour autant. La ville des rencontres les plus improbables. Celle des alternatives les plus radicales. La ville de toutes les “Kombinationen” entre les mots, les musqiues, les couleurs, les ruines et les illusions, les espoirs. Une ville d’histoire du futur qui passe lentement dans nos mémoires, faisant ronfler mille échos.

Si l’on sait comment s’appelle cette ville, ses quartiers, on ne sait comment se nomme ce jeune français qui s’y fait flâneur de ses mythes et de ses mirages. Trois étapes à la manières d’un road movie qu’aurait pu tourner Wim Wenders (Der Himmel über BerlinLes Ailes du désir  !). Ange aussi tombé du ciel, apprenti de l’humain et de la ville, il exerce d’étonnantes activités. Etonnantes de trivialité et d’absurdité.

Accompagnateur de poètes inconnus et de poétesses d’autres mondes dans la concurrence des festivals perdus. Mais où donc est passée la poétesse israélienne dont il ignore tout, du visages aux poèmes ? Là-bas, les animateurs de festival pourchassent les poètes comme les académies poursuivent les Beaux-Arts. De l’un à l’autre il n’y a sans doute q’un petit pas et l’on se retrouve facilement à poser nu pour des gribouilleurs prétentieux et un professeur au cynisme désabusé. Mais pourquoi fallait-il donc que la colocataire choisissent justement ce cours de dessin là alors qu’il y a tant d’autres lieux ? C’est ainsi.

Mais Berlin, c’est plus que BErlin. Cela va au delà. Plus au nord par exemple. Berlin c’est aussi une porte. Une porte qui ouvre sur d’autres mondes. Sur des horizons sans limites et irrémédiablement et uniformément gris. Gris grisaille. Plaines aussi réelles que celle que l’on peut rêver, ou cauchemarder, et où vivent encore, depuis toujours, des “marginaux” en quête d’o, ,e sait quoi. Peut-être de rien. Survivants d’un Berlin sans murs, avec juste le gris d’un métal terreux et le gris du ciel, métallique. Apprentissage d’un autre temps auprès d’un artiste d’un autre temps : le nôtre.

Avec une ironie une peu triste et désabusée — qui tient aussi de “l’onirie” — Julien Syrac nous emmène dans une rêverie les yeux grands ouverts, dans ce monde qui n’en finit plus de ne plus être. C’est un peu comme si Wim Wenders s’attardait autour d’un verre avec Samuel Becket, et que Pierre Etaix s’et joint à eux. On se laisse porter, emporter par cette déambulation insolite et cependant vaguement familière, peut-être. Je crois qu’ils attendent la visite de Günther Grass.

Rédécouverte d’un imaginaire que l’on a pas encore abandonné, qu’on l’ai connut ou pas de son vivant, et découverte d’un auteur dont on espère qu’il n’a pas fini de nous séduire, l’air de rien.

Julien Syrac – Berlin on/off – Quidam, 2018

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