L’autobus

Le ravin
Indian Blues
Eugenia Almeida (photo empruntée sur http://vos.lavoz.com.ar)

Un village perdu dans un coin oublié du monde. Un village coupé en deux qu’un seul autobus relie quotidiennement au reste du monde. Mais voilà que l’autobus ne s’arrête plus. Jour après jour, il passe en ignorant ceux qui lui font signe et tentent de l’arrêter. Cet étrange manège de l’autobus, qui ne s’arrête plus mais continue de passer chaque soir à la même heure devient un mystère et une attraction. Le voyageur de commerce et sa compagne, visiteurs qui ne sont pas d’ici, finissent par abandonner l’hôtel tenu par Rubén et partent à pied, en suivant la voie ferrée où le train non plus ne passe plus.

Le quotidien paisible devient étrange. Qu’est-ce qui a conduit l’avocat Antonio Ponce, promis à une belle carrière dans sa jeunesse, à venir s’enterrer dans ce village perdu avec son épouse Marta, elle même fille d’un juge ? Qu’est-ce qui les a amenés à s’installer dans la “mauvaise moitié” du village ?

Le commissaire, discipliné, a fait bloquer la barrière du passage à niveau comme un lointain supérieur lui a ordonné. Même Gomez, qui circule partout avec sa bicyclette ne parvient pas à vraiment comprendre ce qui se passe.

Remontant le passé de Ponce et de Marta, nous comprenons petit à petit ce qui se passe dans ce monde où soumission et révolte, espoir et oppression jouent depuis des années à cache cache avec les conformismes les plus discrets et les plus tyranniques. Petit à petit nous découvrons comment cela est possible. On comprend la folie ménagère de Marta et la réserve de son époux, On devine et comprend les prudence et pruderies de Victoria, sa soeur, elle aussi coincé par l’étrange comportement de l’autobus. Bientôt, on ne s’étonne plus des coups de feu qui se rapprochent, des disparus et des morts. Ils sont quand même moins inquiétants, plus familiers que ces fameux “subversifs” !

A la ville, Córdoba (dont l’auteur est originaire), les idées peronistes ont en effet bousculé l’ordre et l’on comprend que d’autres ont repris les choses en main, même si le village oublié reste toujours un village perdu. Un village perdu qui sera quelques jours perturbé avant que les choses ne reprennent leur cours… qu’elle ne redeviennent tranquillement normales.

En s’intéressant à ces presque oubliés qui se tiennent à l’écart, Eugenia Almeida nous donne à voir et entendre ces silencieux, ces taiseux, qui laissent l’histoire les écraser en laissant les choses simplement aller leurs cours (un travail entre fiction et histoire qui peut faire penser au Ruban blanc de Michael Haneke).

autobusUn premier roman à l’écriture très cinématographique qui nous fait entrer dans des secrets de famille ordinaires et met à jour une partie de la mécanique qui permet aux dictatures de tranquillement installer leur travail de mort. En Argentine dans les années 70 ou ailleurs à un autre moment.

Un style remarquablement sobre et terriblement efficace (et qui donne très envie de lire le deuxième roman d’Eugenia Almeida, La pièce du fond, également chez Métailié)

Eugenia ALMEIDA – L’autobus (El colectivo) – traduit de l’espagnol par René Solis – Editions Métailié (grand format et poche)

Sur le site de l’éditeur

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Le ravin
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