La guerre des salamandres

Les soldats de Salamine
Nécropolis 1209

La littérature tchèque n’est sans doute pas la plus connue et la plus lue, sauf peut-être à Prague. Même si à Montpellier, Bordeaux, Paris ou Etretat, on lit sans doute Milan Kundera, mais un auteur comme Karel Čapek (prononcer “Tchapek”) ne compte pas a priori parmi les best-sellers (les mieux renseignés savent sans doute qu’on lui attribue la création du mot “robot”). D’autant plus que celui-ci est mort depuis un moment déjà, à la veille de la 2e guerre mondiale. C’est peut-être ce qui rend ce roman – pour autant que l’on puisse qualifier “La guerre des salamandres” de roman – si étonnant.

Grand récit de politique fiction, d’histoire fiction, de science fiction, d’économie fiction, de zoologie fiction… ? Un peu tout cela à la fois. Et peut-être au bout du compte pas tant fiction que ça tant cela nous parle de notre monde d’aujourd’hui et de ses pires dérives. On est d’une certaine façon dans la veine de “1984”, mais avec une fantaisie et un humour qu’on ne trouve guère chez Orwell.

la-guerre-des-salamandresDe quoi s’agit-il ? Au commencement était les salamandres, cachées des hommes dans une discrète lagune. Des salamandres un peu étranges, presque aussi grandes que des humains, qui vivaient sous l’eau, à proximité des côtes, où elles développaient tranquillement leur monde, bâtissant digues et barrières les protégeant des fureurs des océans. Leurs seuls ennemis étaient les requins qui venait régulièrement en boulotter quelques-unes. Découverte par un capitaine désabusés qui se prit d’intérêt pour elles, elles devinrent des pêcheuses de perle auxquelles on fournit des armes pour se protéger des requins… A partir de là le peuple des salamandres s’est développé, mais pas que librement : leur exploitation “industrielle” est devenue petit à petit une question internationale, dans une économie mondialisée… Jusqu’à changer radicalement la géographie de la planète terre… Mais tout cela se finira bien… mal.

Au travers d’un récit éclaté où diverses voix se mêlent, où les coupures de presse et les archives historiques sont régulièrement convoquées (toutes totalement fictive et souvent d’une drôlerie inquiétante), nous suivons l’épopée folle et absurde des salamandres et des hommes jusqu’à leurs chutes réciproques.

Caricature d’Adolf Hoffmeister, tirée de Adolf Hoffmeister, Le Café Union [Kavárna Union], Prague, Nakladatelství československých výtvarných umělců, 1958 (emprunté à http://bohemica.free.fr).

Karel Čapek, qui était aussi journaliste, fait preuve d’un pessimisme radical mais il l’affiche avec une ironie joyeuse qui ne se dément jamais. L’écriture y est aussi surprenante, combinant récit classique et montage documentaire préfigurant ce qu’on peut aujourd’hui faire avec internet et les liens hypertextes. Le chapitre qui clôt le livre, que nous vous laissons découvrir, est un petit sommet d’humour et d’ironie à lui tout seul.

Publié pour la première fois en 1935, « la guerre des salamandres » risque de rester encore longtemps d’une étonnante actualité.

Nous recommandons aussi du même auteur un texte de théâtre, “La maladie blanche” (Ed La Différence), qui s’en prend à l’absurdité des enjeux d’argent et de pouvoir de la pharmacie (dans un ton qui peut évoquer Ionesco) ou “Hordubal” (Ed. L’âge d’homme), un roman noir et paysan qui finit sur des couleurs de polar cynique.

Karel Čapek – La Guerre des salamandres – traduit du tchèque par Claudia Ancelot (Válka s mloky, 1935) – Cambourakis, 2012

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